Présentez-vous aux lecteurs
Salut. Nous sommes David, Julien et Thomas, respectivement batterie, basse et guitare (et chant). On a formé le groupe Noiss en 2017. Le groupe est originaire de Chambéry, une ville à 100km de Lyon, Genève et Turin.
Qui compose ? Comment cela se déroule au sein du groupe ?
Pour la composition, certaines idées/chansons peuvent être trouvées directement à la maison, mais d’autres chansons sont directement trouvées en repet. Je considère que les « rituels » que sont les répétitions sont essentiels : quand tu es pris dans une bonne ambiance, les choses se mettent en place spontanément. Et c’est important, dans une approche « punk rock » de faire les choses spontanément, pour conserver une forme d’énergie. A la maison, tu vas plus te prendre la tête sur des arrangements, des mises en place qui vont peut-être foirer en live. Le punk rock, c’est l’urgence de composer, de restituer les choses de manière brute et sans trop de fioritures. Je suis plutôt guidé par cette approche.
Qui écrit les textes ? De quoi parlent-ils ? L’inspiration vient comment ?
Mince, j’ai presque déjà tout dit dans la réponse précédente (rires). Heuu… Alors déjà on fait le choix de chanter en anglais. Faut pas se leurrer : chanter en anglais permet de prendre certaines libertés avec un exercice beaucoup plus rigoureux (et beaucoup moins punk rock…) de chanter en français. J’aime bien jouer sur des sons, de trouver des mélodies qu’on peut chanter/répéter avec conviction, avant finalement d’arrêter des textes. Il n’y a pas de thème particulier par chanson. C’est des enchainements d’idées, des répétitions/psalmodies de chant. La conviction est importante : les couplets sont chantés plus en retenue, ensuite les refrains explosent. En plus des instruments qui agissent de la même manière, j’aime bien cette libération dans le hurlement. Jouissif. En studio (ce qu’on ne peut pas faire en repet), j’adore aussi le travail pour caler les backings/harmonies vocales. C’est la partie que je préfère avec le chant. La vraie « écriture », c’est presque une contrainte finalement. Des fois, je demande même à des potes de m’aider à trouver des idées... J’aime les non-sens, les associations d’idées, caler des expressions anglaises similaires au français. Je n’apprécie pas les textes trop fouillés, trop littéraires anglais, qui doivent coller à la grammaire, genre « je maitrise vraiment la langue ». Google trad ne comprend pas (rires). Le but c’est que ça sonne authentique/convaincu.
Le nom Noiss, pourquoi ?
Et bien NOISS comme « noise » : le bruit. Comme ça on est raccord quand on doit présenter le groupe a un patron de bar (ou à un programmateur de SMAC) : pas de malentendu, c’est bien prévu que ça fasse du bruit, au sens propre. Et aussi il fallait bien qu’on s’assure que ça se prononce « Noiss » (enfin je croyais) et pas « Noâce ». D’où le double « S » , comme dans « Kiss » ou dans « Noiss, ça sonne classe »… « Noiss, c’est stylé comme nom de groupe » : ça marche aussi.
Quels sont vos gouts musicaux personnels et vos influences ?
En ce moment, David cite Queens Of The Stone Age, Shipping News, idles. Pour Julien, c’est Red Fang, Kyuss, 1000 MODS. Moi, c’est que de la musique classique : RKL (Rich Kids on LSD), Shellac et The Exploited. Une culture très 90s donc. Du gros son de préférence. La semaine dernière, ma mère a téléchargé l’intégral d’un groupe qui s’appelle « Nirvana » : elle m’a dit qu’on ferait mieux de jeter une oreille (et de nous trouver un vrai boulot). Pour le riff de la chanson « Neuroine », la première réaction d’un pote a été « C’est du Slayer au ralenti ». Ça m’a fait marrer et comme j’adore Slayer, j’ai gardé la formule dans les premières démarches promo. La vidéo de « Nouvel orient » rend aussi hommage à Chuck Berry et The Beatles. Je vénère Chuck Berry.
Quel regard portez-vous sur la scène musicale actuelle en France ?
j’ai l’occasion de participer à des orga concerts (celles de Minimal Chords). Je trouve que la « scène », c’est quand même un bien grand mot… ça évoque un certain niveau d’organisation. Se revendiquer d’une scène, ce n’est pas simplement faire partie d’un groupe, mais d’un vrai réseau. Toutes les assos ne sont pas structurées pareil, tous les lieux ne proposent pas forcément les mêmes conditions d’accueil, le public pour ce genre de musique, c’est souvent et avant tout des « initié(e)s », moins de lieux ouverts/ok pour organiser des concerts, une économie fragile (pour pas dire précaire…). C’est plutôt une « niche » musicale. Des potes qui ont organisé des tournées en Angleterre rapporte un autre niveau de structuration là-bas (mais aussi avec son lot de pratiques douteuses). Il vaut mieux être quand même au courant de ça quand tu démarres ton groupe de punk rock, ça évite des déconvenues. David bosse dans le milieu de l’événementiel « pro/institutionnel », il pourrait aussi donner son point de vue.
pour moi, elle est beaucoup plus riche que ce que laisse croire nos médias, en atteste la flopée de groupes tous aussi talentueux et originaux les uns des autres qui me contactent pour être programmés. La France ne se limite pas à la variété ou aux voix autotunées. Le problème pour moi ne vient pas du potentiel, mais plutôt par le quasi monopole exercé par les TV et les radios et par le manque de culture musicale de la masse.